Ou se situe la Cornouaille ?
Bernard Le Brun, un des vexillologues et héraldistes breton le plus connu et Mikael Bodlore-Pennlaez présentant le drapeau de la Cornouaille imprimé en grand format pour la première fois

La Cornouaille, autrefois oubliée dans les livres d’histoire, renaît aujourd’hui portée par ses habitants ! Il s’agit d’une terre aux ” frontières ” difficiles à tracer. Elles sont toutefois connues des historiens comme étant celles d’ancien comté et évêché de Cornouaille. Elles vont au nord jusqu’à l’Élorn, frontière naturelle, au nord-ouest jusqu’à Mûr-de-Bretagne, situé dans les Côtes-d’Armor, et au sud-est du côté du Faouët dans le Morbihan. La Cornouaille s’étend en définitive sur les trois quarts du Finistère, le sud-ouest des Côtes d’Armor et l’ouest du Morbihan. La Cornouaille actuelle est pourtant souvent réduite à la partie sud de cette entité.

La Cornouaille historique et ses villes principales

La Cornouaille, une histoire de famille :

La Cornouaille porte le nom de la famille de Cornouaille ou Kernéau à rapprocher du nom breton de Kernev (prononcé Kernéo). Cette famille s’est fait remarquer par une continuité dans son règne et ses possessions depuis 1426. La description héraldique de leur écu est la suivante : ” d’azur à un mouton passant d’argent, accorné et onglé d’or, qui est Cornouaille ancien ; écartelé d’argent, fretté d’azur, qui est Kerguern ; sur le tout, d’argent au croissant de gueules qui est Kernéau “.

Blason des Cornouaille

Région, pays, province ?

Qu’est-ce que la Cornouaille : une région, une province, un pays ou un ancien évêché ? On pourrait dire les quatre ! Aujourd’hui beaucoup s’accorde à dire que c’est une province constitutive de la Bretagne. On trouve aussi de plus en plus le terme de ” pays ” au sens ” pagus “, bien que ce terme fut réservé à des entités plus petites. La Loi Voynet définit depuis quelques années une nouvelle organisation des régions. La Cornouaille ou Pays de Cornouaille est un des pays défini à ce niveau administratif, mais là aussi réduite à sa partie méridionale. Le ” Pays de Brest ” et le ” Pays de Morlaix ” se partagent la partie septentrionale de la Cornouaille historique.

La Cornouaille est un ancien comté, dont Quimper est la capitale. Du VI e au IX e siècle, les principautés de Bretagne, dont la Cornouaille, sont indépendantes au moment où s’opèrent l’unification du royaume. La Cornouaille entre dans le Duché par le mariage du comte Hoël XX, comte de Cornouaille, avec la Havoise de Bretagne (1066). La Cornouaille devient l’un des huit baillages de Bretagne sous le duc Jean Ier le Roux (1237-1286). Le roi Gradlon (comitum Cornubiae = comte de Cornouaille) sera la figure emblématique de la Cornouaille indépendante, mêlant histoire et légende autour de son personnage. La révolution française a définitivement mis fin à cette province bretonne ! Les associations culturelles suivies des institutions locales et du Pays de Cornouaille se réapproprient son nom au cours du siècle. La Cornouaille est aujourd’hui un réalité historique, culturelle et politique et nous nous devons de lui redonner ses couleurs !

La Cornouaille regroupe un grand nombre de pays traditionnels comme le Pays Bigouden, le Pays Glazik, l’Aven, le Duig, le Melenig, le Fisel, le Chtou, le Fanch, le Poher, le Cap inspirés par des traditions, des couleurs de costumes ou des danses !

Les couleurs de la Cornouaille :

Bernard Le Brun explique dans son article de juillet 1997 dans Ar Banniel que “les meilleurs héraldistes s’accordent à dire que la Cornouaille possédait son blason d’azur, au mouton d’argent, passant, onglé et accorné d’or”. Le mouton correspond en héraldique à un bélier. A la même époque, les sénéchaussées ducales furent dotées de sceaux portant un écu chargé d’un écusson d’hermine, surmonté d’un animal totémique différent selon les sièges. Quimper emporta par son appartenance cornouaillaise le bélier. La ville de Quimper enfin prit comme armes celles du comté de Cornouaille et y ajouta un chef ducal, c’est à dire une bande d’hermine. Cet écu fut officialisé en 1696 (19 juillet 1697 dans l’armorial du Finistère) par d’Hozier dans son Armorial Général de France. ” On peut donc dire que le drapeau de la Cornouaille s’inspire directement de la version initiale des armes de Cornouaille reprise plus tard par sa capitale Quimper.Le dessin du drapeau de Cornouaille est récent, sans s’éloigner de ce qui a forgé l’identité héraldique de cette province. La version actuelle du drapeau de la Cornouaille est aujourd’hui approuvée par les plus grands vexillologues bretons. Directement inspiré des armes de Cornouaille, Yoran Delacour crée en 1996 sur le modèle du drapeau des cantons des Grisons et de Schaffhouse en Suisse un drapeau reprenant le bélier du comté de Cornouaille datant de 1426 et du duché de Cornouaille datant du XVIII e siècle. Yoran Delacour trouvait que le bélier ” passant ” originel avait l’air trop soumis. De même, la confusion avec le drapeau de Quimper aurait été permanente. Il dessina donc un bélier à l’allure combative dressé sur ses pattes postérieures, celui-ci se trouvant déjà sur les armes du département du Finistère dans la même posture. Ce drapeau fut imprimé en petit format pour le compte de la Coop Breizh. En 2001, Mikael Bodlore-Pennlaez, membre de réalise pour la Chambre de Commerce et d’Industrie de Quimper Cornouaille une nouvelle version d’inspiration plus bretonne. C’est la première version du drapeau de Cornouaille en grand format qui fut créée. Le drapeau de la Cornouaille représente un bélier blanc saillant aux sabots et aux cornes jaunes sur fond bleu. Ce drapeau est ce qu’on appelle de l’héraldique parlante. En effet, Cornouaille se dit en breton ” Kerne ” (variante Kernev). Les cornes se disent ” kern ” et la toison ” knev “. Pays de Cornouaille se dit Bro Gerne. On remarque ici la mutation du K en G.Pour parler un peu de technique, on doit noter que les couleurs du drapeau sont le jaune ” Pantone 112 ” et le bleu ” Blue reflex “, ainsi que le noir et le blanc.

Le drapeau de la Cornouaille et le bélier ?

Divi Kervella dans son ouvrage sur les symboles bretons et celtes rappelle que les Cornouaillais sont souvent assimilés à des béliers par leurs voisins. Une expression bretonne dit ” An dra-se ne c’hoarvezo biken pe me ‘vo maout e Kernev ” (Si jamais cela se produit, je veux bien être transformé en bélier de Cornouaille = en Cornouaillais), ce qui équivaut à un très haut degré d’improbabilité. Il rappelle aussi que le bélier en plus d’apparaître sur le drapeau de Cornouaille et de Quimper se trouve aussi sur les habits bigoudens qui sont ornés de broderies appelé ” korn-maout ” (corne de bélier).Enfin Divi Kervella insiste sur le fait qu’en breton ” maout ” a le sens de mouton mâle sans distinction d’âge, le bélier adulte se dit ” hourz ” et le bélier étalon ” tourz “.Que se soit en héraldique ou en breton le mouton et le bélier se confonde sans cesse ! La Cornouaille se trouve bien flanquée d’un bélier, saillant qui plus est, et point d’un mouton passant, empatté ! Un relookage discret…

Version proposée par Yoran Delacour pour les éditions Coop-Breizh

Version proposée par Mikael Bodlore-Pennlaez pour la version actuelle

La version initiale dessinée par Yoran Delacour n’avait aucune raison d’être remplacée, le drapeau de la Cornouaille qu’il proposa en 1996 reprenant des éléments historiques prouvés. Yoran Delacour en créant la drapeau de la Cornouaille a opté pour une démarche historique tout en y ajoutant, un style ” suisse “, qui paraissait ici mal adaptée. Le drapeau de la Cornouaille est accepté par la population et évoque facilement aux yeux des Cornouaillais cette entité, il ne s’agissait donc pas de modifier catégoriquement ce drapeau, mais de le retravailler subtilement.

Par rapport à la version ” Delacour “, la version dessinée par Mikael Bodlore-Pennlaez est différente par les points suivants :
– les cornes sont plus réalistes et donnent au bélier une allure plus majestueuse,
– la queue est moins fantaisistes et ressemble plus à celle d’un bélier,
– le cou est plus robuste,
– le bélier a un petit réctus, détail discret soufflé par Christine Bigot et Éliane Le Guillou.

La Cornouaille sur le blason et le drapeau du département du Finistère :

Il faut noter que les armoiries du Conseil Général du Finistère, créées en 1975 par le Docteur J.-E. Benoiston (Membre de la Commission Départementale d’Héraldique du Finistère), font apparaître à gauche du lion morné (sans griffe, sans langue et sans dent) du Léon, le bélier saillant de Cornouaille. Les cinq hermines représentent les 5 départements de la Bretagne historique (Point n’est besoin de rappeler que la Bretagne administrative est aujourd’hui amputée de la Loire-Atlantique et de sa capitale historique Nantes). Ces 5 hermines représentent aussi les 5 provinces constitutives ou enclaves de province se trouvant sur le Finistère : Cornouaille, Léon, Trégor, Vannetais et Dol. Le Conseil Général du Finistère en fait lui même cette interprétation au risque de choquer quant à son engagement pour la réunification de la Bretagne. La description héraldique est la suivante ” Parti d’or au lion morné et contourné de sable, et d’azur au bélier saillant d’argent onglé et accorné d’or, les deux animaux affrontés ; au chef d’argent chargé de cinq mouchetures d’hermine rangées en fasce “. Ces armes ont obtenu dès le départ un grand succès auprès des Finistériens et en collant le blason du département sur leur véhicule, ils roulent ” Cornouiallais et Léonard “.

Le drapeau du Conseil Général du Finistère

Drapeau de la ville de Quimper

Ce n’est pas le bélier quimpérois !

Mainte fois, la remarque fut faite que le bélier du drapeau de Cornouaille reprend le bélier du drapeau de Quimper ou pire que le drapeau de Cornouaille est une copie conforme du drapeau de Quimper ! Que neni ! La Cornouaille n’est pas Quimper, Quimper n’est pas la Cornouaille mais simplement sa capitale. Le drapeau de Cornouaille reprend les armes des comtes de Cornouaille. Certes ces armes sont liées à celle de sa capitale et l’on trouve des symboles identiques sur les deux drapeaux mais traités de manière totalement différente et aujourd’hui bien distinct. Le drapeau de Quimper fait apparaître un mouton passant (terme héraldique) au chef se trouve une bande d’hermine.

Et s’il était besoin de comparer les deux drapeaux, est-ce que cela choque quelqu’un que le drapeau français reprennent les couleurs de Paris ou que le drapeau breton reprennent des motifs similaires aux armes de Rennes ? Personne ne s’offusque habituellement de ce genre de pratique ! Alors pourquoi polémiquer lorsqu’il s’agit de la Cornouaille ou ne serait-ce encore que des gauloiseries et autres guerres de clochers ?

Quand le bélier empiète sur le territoire du lion !

La ville du Relecq-Kerhuon (ar Releg-Kerhuon en breton), située près de Brest utilise sur ses armes le bélier de Cornouaille. Pourquoi sachant que cette ville est situé dans le Léon, symbolisé par un lion morné ? L’auteur, Jean Kernéis évoque par ce blason la liaison de la Cornouaille et du Léon par le Pont Albert Louppe, aujourd’hui remplacé par le Pont de l’Iroise. Les armoiries officielles du Relecq-Kerhuon ont été déposées à la préfecture du Finistère en septembre 1980.

Les armes de la ville du Relecq-Kerhuon

À peine sorti des presses et déjà populaire !

La Chambre de Commerce et d’Industrie de Quimper Cornouaille a été la première à utiliser officiellement le drapeau de Cornouaille. Le drapeau flotte actuellement devant de cette institution territoriale au côté des drapeaux français, européen et breton. En effet, la CCI de Quimper Cornouaille souhaite depuis quelques années affirmer son identité cornouaillaise. Le terme de ” Cornouaille ” a été rajouté à son nom en à la fin des années 90 et officialisé pour décret préfectoral. La première page de l’hebdomadaire ” Le Progrès de Cornouaille ” titrait le 12 janvier 2002 : ” La CCI de Quimper sous le signe du bélier “, tout un symbole !

Le Président, le Directeur Général et le Directeur de la Communication
de la CCI de Quimper Cornouaille
présentant le drapeau aux dirigeants d’entreprises cornouaillaises
devant les Présidents des instituions locales et le Préfet du Finistère.

Le Préfet du Finistère, le Président du Conseil Général du Finistère et le Président du Pays de Cornouaille ont reçu des mains du Président de la CCI un drapeau de Cornouaille lors des vœux officiels de cette institution. Il ne reste plus qu’à le faire flotter sur toutes les mairies et autres bâtiments publics de la Cornouaille historique.
Enfin, l’entreprise ” An Eost ” basée à la Pépinière d’Entreprises de Quimper-Communauté fait figurer le drapeau de la Cornouaille sur les T-shirts qu’elles impriment pour faire la promotion des ses produits : des lapins en peluche ” identitaire ” du nom d’Iffig ! Au passage ce même drapeau occupe un place de choix dans le bureau du Directeur de la Pépinière d’Entreprises : Steph (il se reconnaitra !).

Sources :
– Bernard Le Brun – Emblématique de Quimper en Cornouaille in Ar Banniel N° 3 été 1997
– Divi Kervella – Emblèmes et symboles des Bretons et des Celtes – éditions Coop Breizh 1998
– Michel Froger, Michel Pressensé avec la concours de Bernard Le Brun – Armorial des communes du Finistère – éditions Froger SA 2001
– Le Progrès de Cornouaille 12 janvier 2002
– Site internet Pennker-Gwiler traitant de l’emblématique de Brest et sa région de Alain S., sur le blason des Cornouaille et du Relecq-Kerhuon
– Site www.bzh.com (Les 17 pays bretons)
– Site www.atlasgeo.ch (Les drapeaux des cantons suisses)